L’arrestation éclair, samedi, du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines à Caracas, suivie de son transfert à New York, a mis en évidence une fracture au sein de l’ordre international : d’un côté, une conception extraterritoriale de l’État de droit, revendiquée par Washington ; de l’autre, les principes de souveraineté et de non-agression consacrés par la Charte de l’ONU.
Lundi matin, lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, le Secrétaire général des Nations Unies a rappelé ces normes cardinales du droit internationale, mises à l’épreuve par l’intervention militaire américaine. « L’heure est grave, alors que nous nous réunissons », a déclaré António Guterres, dans une déclaration lue par sa Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, Rosemary DiCarlo.
Au-delà des faits, dont les grandes lignes ont été largement rapportées durant le weekend, il a insisté sur ce qui demeure incertain : « l’avenir immédiat du Venezuela », mais aussi « le précédent » que cette action pourrait créer dans les relations entre États.
Pour rappel, samedi 3 janvier, entre 2 heures et 3 heures du matin, la capitale vénézuélienne s’est réveillée au son de puissantes explosions. En quelques heures, des forces spéciales américaines ont investi des points stratégiques de Caracas et de plusieurs zones côtières. À l’issue de cette opération, M. Maduro et son épouse, Cilia Flores, ont été capturés puis transférés à New York, où ils ont été placés en détention. Une scène d’extraction aussi fulgurante que spectaculaire, revendiquée par Washington comme une simple opération de justice visant à appréhender le couple présidentiel, qui faisait l’objet d’un mandat d’arrêt américain pour trafic de drogue et autres crimes.
Lors d’une conférence de presse samedi, le président Donald Trump a toutefois semblé aller plus loin : « Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre, appropriée et judicieuse », a-t-il affirmé depuis Mar-a-Lago, sa résidence à Palm Beach, en Floride.
Une opération militaire ou judiciaire ?
Lors de la réunion du Conseil, le Secrétaire général s’est dit « profondément préoccupé » par le fait que « les règles du droit international n’aient pas été respectées » lors de l’intervention américaine. Il a rappelé un principe cardinal : « La Charte consacre l’interdiction de la menace ou de l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État », soulignant que le maintien de la paix dépend de l’engagement de tous les États membres à respecter l’ensemble de ses dispositions.
Au même moment, à moins de deux kilomètres de la salle du Conseil, le président vénézuélien déchu comparaissait devant un tribunal fédéral américain dans le sud de Manhattan, deux jours à peine après sa capture. Ce télescopage entre séquence judiciaire et action militaire a cristallisé le cœur du désaccord exprimé au Conseil : pour Washington, l’intervention relève de l’application de la loi ; pour ses détracteurs, elle constitue avant tout un recours à la force armée contre un État souverain.
Infos ONU



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